3 – Les énergies inconvenantes – Statut & paradigme

Les énergies libres, qu’est ce que c’est ? Que faut-il en attendre ? La question intéresse très directement notre futur. En cette première décennie du XXIe siècle, l’énergie est devenue un des problèmes majeurs de nos sociétés avancées. Que ce soit pour se chauffer ou alimenter les machines qui peuplent notre quotidien, les besoins sont colossaux et ne font qu’augmenter avec l’accès du plus grand nombre au confort et à la modernité. Qu’on se le dise, les énergies traditionnelles – sous-entendues fossiles – pourraient répondre à la demande pendant plusieurs siècles encore, s’il n’y avait la superposition d’un autre problème majeur, celui de la pollution et du réchauffement atmosphérique. Les énergies alternatives – nucléaires ou renouvelables – sont bien en mal de se substituer aux énergies traditionnelles pour des raisons qui tiennent autant de la sécurité, que de la technique et de la faible densité des énergies renouvelables. Est-on pour autant condamné à voir nos factures énergétiques s’envoler ou à renoncer à notre mode de vie ? C’est tout le débat en cette fin de décennie.

Les énergies libres, tout le monde en a entendu plus ou moins parler. Régulièrement la presse ou le web se font l’écho d’inventeurs isolés, qui revendiquent la production d’énergie par des moyens non conventionnels et inconnus de la science. Le phénomène n’est pas récent et remonte au siècle dernier et même plus loin encore, avec la quête vaine du mouvement perpétuel, pour peu que l’on pense que ces deux figures soient réellement apparentées. Ces dernières décennies avec l’apparition d’Internet, on a pu prendre la mesure du phénomène, qui d’anecdotique est devenu véritablement un mouvement vivant, appuyé par des revues, des éditeurs, des groupes d’études, des colloques et des websites dynamiques. Pour autant le phénomène reste désespérément dans l’ombre, rejeté à la périphérie des connaissances, marginalisé dans l’underground et banni du discours institutionnel comme politiquement et scientifiquement incorrect.

Culturellement et socialement, le statut marginal des énergies frontières, tient pour une bonne part, dans l’attitude supposée et/ou établie de la communauté scientifique, qui n’est pas censée porter un intérêt à des domaines de recherche polémiques non conventionnels et non scientifiquement reconnus. L’autorité et la confiance accordée en la science lui confère un pouvoir souverain dont elle doit mesurer les limites. Faut-il le rappeler, il fut un temps où l’Eglise partageait ce même privilège… La marginalité a pour effet d’inciter les inventeurs à se regrouper dans des structures, dont les codes, les croyances et l’autorité ne font pas toujours l’objet d’un consensus. Ces groupes indépendants, peuvent apparaître comme faisant partie d’une contre-culture militante à consonance parfois politique (les mouvements alternatifs) et donc sujette à opinions contradictoires. Les dérives et les “outrances” en tout genre de certains groupes rendent une évaluation difficile à mener et brouillent la perception de l’objet qu’ils défendent. Pour toutes ces raisons, le phénomène demeure difficile à appréhender et pourtant, le sujet mérite toute notre attention, ne serait-ce que pour les perspectives qu’il est susceptible d’offrir à notre avenir, en répondant au grand défi énergétique de ce début de siècle.

Le rejet par la science, tient essentiellement à un malentendu sur le rôle qu’elle doit tenir dans la société. Il y a une belle différence entre dire « ça n’existe pas » et « je ne sais pas ». Les scientifiques, quand ils ne méprisent pas tout simplement le phénomène ou lui dénient toute réalité intelligible autre que folklorique, appuient leur argumentaire sur le premier et le second principe de la thermodynamique : il ne peut y avoir de production d’énergie ex-nihilo. Ce simple argument, leur suffit généralement pour réfuter la réalité des énergies libres. Si l’on objecte – comme le soutiennent la plupart des inventeurs – que l’énergie proviendrait d’un réservoir inconnu (au sens large), les scientifiques mettent en avant la non-connaissance de ce dit réservoir et refusent d’en envisager l’existence. Cette attitude n’a rien d’extraordinaire, elle est même parfaitement sensée. En science, on use d’un principe directeur, qui évite de proposer et de faire n’importe quoi. Ce principe, c’est le « rasoir d’Occam », du nom d’un Franciscain du bas moyen-âge. Il est connu aussi sous le nom de « principe de simplicité ». Le rasoir d’Occam (ou Ockham) consiste « à privilégier entre plusieurs hypothèses, celles s’appuyant sur du matériel connu, en tout cas, à ne pas proposer d’explication ad-hoc avant d’être certain que cela est vraiment indispensable« . En utilisant ce principe, comment peut-on postuler l’existence d’un réservoir inconnu, dont on n’a aucune idée, et qui à ce titre n’est pas scientifiquement recevable ? Il est plus conservatif et sensé de nier l’existence même du phénomène et de prétendre qu’il relève de fausses croyances ou des pseudosciences. De ce fait, en prolongeant la réflexion, tout mouvement ou toute personne défendant les énergies libres est victime de sa crédulité ou fait preuve de malhonnêteté. Tout comme pour les ovnis, c’est un mythe moderne, du merveilleux dans l’imaginaire des gens. À ce titre on peut ou on doit le combattre pour la salubrité publique. L’enchaînement logique est implacable et n’amène à rien … sinon à se voiler la face et à désinformer sur la question.

On voit bien qu’en l’état, le rasoir d’Occam est inapproprié à la situation et à d’autres de mêmes caractéristiques. Il ne peut s’appliquer à des objets trop éloignés de notre entendement et dont on se refuse à priori à considérer l’existence. Sa mise en avant dans le discours relève parfois d’un abus méthodologique et conduit tout simplement à une impasse, puisqu’il ne sert plus alors qu’à justifier l’attitude consistant à nier l’existence de l’objet étudié.

Vous doutez encore que cet enchainement logique puisse induire en erreur, sinon qu’il peut amener à faire le mauvais choix ? C’est bien simple reportez-vous un bon siècle en arrière – au temps de Jules Verne – et imaginez votre réaction face à un petit réacteur nucléaire comme celui d’un satellite artificiel par exemple. Si on procédait de la même mécanique analytique, en mettant en avant la stricte application du rasoir d’Occam, on se dépêcherait de jeter une fatwa au concepteur et à la NASA, et de vouer le réacteur aux gémonies des pseudosciences. Pourquoi ? Mais à cause du premier et du second principe de la thermodynamique. Ce « machin » ne produit pas vraiment d’énergie, il y a un tour de passe-passe, une astuce, une tromperie. Au mieux, de par sa complexité et son esthétique inattendue il est une simple œuvre d’art. Quant à proposer une explication ad-hoc, c’est tout simplement impossible, il n’y en a pas ! Comment imaginer à cette époque les 50 ans de physique nucléaire qui vont suivre ?

Le rasoir d’Occam est tout ce qu’il y a de plus évanescent. Ce n’est qu’un principe, qu’on peut imaginer parfois trop simple pour s’appliquer à la complexité du monde. C’est une règle de non connaissance, un minima, une sorte de principe de précaution pour les scientifiques, les philosophes et parfois nous-mêmes dans notre vie de tous les jours. Qui plus est, il peut conduire à la mauvaise attitude : celle de ne pas chercher à comprendre, c’est-à-dire de se remettre en question, s’interroger et chercher, ce qui est une base de la connaissance et des sciences. En deux mots, il peut-être clairement contre-productif ! Le rasoir d’Occam est un outil à utiliser avec précaution. Il peut être un ami comme un ennemi, tout est question de nuances et d’intelligence.

Une objection revient alors généralement : le phénomène est connu, un avis scientifique a déjà été rendu et il est inutile d’y revenir. Ah oui, et bien alors donnez nous une liste d’articles de référence sur la question qui auraient été publiés dans les grandes revues. C’est bien simple, il n’y en a pas ! Aucune étude scientifique sérieuse et investigatrice n’est menée sur la question ! Et pour cause, le phénomène est en l’état inexplicable et la science n’a rien à dire. Il n’y a donc pas jamais eu d’évaluation et d’avis scientifique, qu’on se le dise ! Toute opinion contraire sur la question relève alors de la croyance et j’utilise ce mot à dessein. L’irrationalité et les blocages intellectuels de nos sociétés sur de grandes questions similaires sont confondants. Les organisations humaines sont parfois bien peu raisonnables. Pour ceux qui en douteraient encore, qu’ils se rappellent les grands psychodrames du siècle dernier, ou plus généralement le grand dérapage que représentent les guerres ou la violence.

Le paradoxe, c’est que si effectivement la science n’a rien à dire, qu’elle ne dise rien ! Qu’elle ne soit pas parti prenante du dénigrement du phénomène auprès des médias ou des faiseurs d’opinions. Qu’elle cesse de jeter des vindictes inappropriées du haut de son piédestal de certitudes. Le moins que l’on puisse faire c’est de se taire et tenir un discours honnête sur la question, et ce discours devrait être à minima. « Je ne sais pas, c’est en dehors de mes compétences ! » Ensuite, si l’on est un minimum cultivé et lucide sur le sens de la vie, on tient une attitude responsable, en encourageant l’esprit d’aventure et de recherche, car tout le monde a à y gagner. Il n’est jamais vain de s’intéresser à ce qu’on ne connaît pas – même si cela n’aboutit pas ! En général, dans l’histoire des sciences, c’est rare qu’il n’y ait jamais de retombées…

Pourtant la science aurait des choses à dire sur la question. Beaucoup de choses même. Elle a tout à gagner à étudier la chose sérieusement, à s’y pencher et ne pas faire confiance au terrorisme intellectuel des paradigmes en vigueur. Si un scientifique honnête et cultivé se donnait vraiment la peine de l’étude, il s’apercevrait très vite que le paradigme actuel sur la question ne tient pas ! Pour cela il faut étudier, avec un esprit ouvert et critique, sans avis négatif à priori. Mais avant toute chose, il faut aller regarder ! Il n’y a pas trente-six méthodes. Il faut être à l’écoute, se déplacer et avoir un budget. Si l’on veut faire avancer les choses d’un point de vue scientifique – quitte à tomber sur une déconvenue – il faut d’abord une cellule de veille et d’évaluation, indépendante des pressions, autant des inventeurs que des institutionnels. Cette cellule, je l’appelle de mes vœux depuis de nombreuses années. Elle permettrait de poser une base de référence bien utile aux décideurs. Pour le moment tous ceux qui ont défendu cette idée se sont heurtés à un mur. Les freins irrationnels sont à l’œuvre en coulisse. Le changement de paradigme n’est pas encore à l’ordre du jour et personne ne prendra le risque de défendre sérieusement le dossier, sinon à être déconsidéré. Il est là le totalitarisme intellectuel, comme pour d’autres sujets dits sensibles, dont le phénomène ovni et la parapsychologie qui procèdent du même mécanisme de rejet.

Le phénomène des énergies libres présente bien d’autres aspects. Expliquer sa marginalisation par le seul jugement défavorable des scientifiques est une chose, mais il présente bien d’autres facettes tout aussi intéressantes, qu’on découvrira au fil du livre. À l’ère d’Internet, de la communication quasi-instantanée, il n’y a plus d’excuse à l’ignorance. L’histoire nous enseigne que la science et la technologie avancent par bonds et que des solutions inattendues apparaissent souvent là où on ne les attendait pas. Serait-il possible que les « énergies libres » relèvent de cet ordre de chose ? Je suis intiment persuadé comme beaucoup d’autres, qu’il n’y a aucune fatalité pour que la création d’énergie se limite in-fine à la chimie, le nucléaire ou la gravitation. La science moderne n’a que quatre siècles d’existence et bien des certitudes, des paradigmes, sont appelés à disparaître. Ainsi, comment mettre en perspective, le big-bang, l’énergie sombre et le premier principe de la thermodynamique ? De nombreux scientifiques devraient faire preuve de beaucoup plus d’humilité et d’ouverture d’esprit.

Il faudra une certaine maturité et une sagesse à nos sociétés, pour espérer digérer le choc de l’énergie abondante et gratuite – s’il a lieu. Et le choc est à la mesure du mythe. Il pourrait être aussi dévastateur qu’émancipateur pour l’humanité, en lui proposant inévitablement un avenir ouvert sur le cosmos, mais aussi la perspective d’un choc de civilisation incommensurable, si nous rencontrons « les autres ».

 Certains lecteurs retrouveront avec plaisir de vieilles connaissances, qui en leur temps ont participé de leur éducation philosophique et scientifique. Ce présent livre n’est pas en reste et nourrit la réflexion sur les « inconvenances », celles que notre culture refuse d’envisager sereinement tant elles sont dérangeantes et bousculent nos systèmes de valeurs et de croyances du moment. Dans ce conte moderne, pour le meilleur ou pour le rire, vous découvrirez que bien des certitudes tiennent à peu de choses. Que l’humanisme est la pierre de voûte de notre existence et que l’outrance est un puissant outil au service de la raison. Vous apprendrez aussi que la fantaisie imprègne nos vies autant que nos actes et que savoir en rire est une leçon des sages.

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